En hommage à Claude Danthony

Chères toutes, chers tous, 

C’est avec une immense tristesse que nous avons pris connaissance, ce matin, du décès de Claude Danthony, enseignant-chercheur en mathématiques, et élu au Conseil d’Administration de l’ENS. En siégeant à ses côtés en conseil d’administration, en le côtoyant quotidiennement dans ses engagements syndicaux, nous avons énormément appris. Claude était déterminé, profondément attaché à son École et à son bon fonctionnement ; toujours sensible à nos revendications et à l’écoute de nos propositions, il était également d’un soutien indéfectible, dans les instances, et au quotidien. Ce soir, notre peine est immense. Nos pensées vont vers sa famille, ses collègues et tous ses proches. 

Les élu·es étudiant·es. 

Claude Danthony, photo Le Progrès.

Communiqué intersyndical (SNESUP-FSU, CGT, SUD-Solidaires et SNASUB-FSU)

« Tchao Claude! »
C’est avec une infinie tristesse que tes camarades de luttes multiples et compagnons de route depuis plusieurs décennies, ont appris ta disparition brutale. Nos pensées vont d’abord à tes enfants Claude, tes proches, amis, étudiants, collègues.

      Dans le flot des nouvelles et communiqués de nos listes syndicales nous n’aurions jamais pensé devoir décliner au passé l’engagement de tous les jours depuis plus de vingt ans qui nous lie toutes et tous à Claude. Poursuivons donc au présent – celui de la reconnaissance vive, immense, que nous lui devons. 
      L’un des nôtres, le meilleur d’entre nous, Claude incarne une pratique ouverte, libre et profondément valeureuse de la lutte syndicale. Nous avons toutes et tous admiré au fil des instances à ses côtés, au fil des recours devant les tribunaux administratifs et le conseil d’état, sa connaissance pointue (sa science même) de l’enseignement supérieur et de son droit, mais aussi l’extrême calme, patience, politesse, humilité avec lesquels il défendait ses dossiers, poussait ses causes, et ses dossiers. Claude avait chevillé au corps la défense du droit des travailleurs, le respect des règles et des lois qui encadrent les activités d’un établissement d’enseignement supérieur et tout ce qui se passe en son sein. Essentiellement de la transmission, à ses yeux. Que l’enseignement supérieur et la recherche requièrent des conditions légales pour s’exercer en pleine conscience, en protection de ses agents (enseignants, personnels administratifs et techniques, étudiants, chercheurs), et que la politique et le respect de la démocratie passent d’abord par le respect de ces conditions juridiques, c’était la bataille essentielle de Claude de le faire entendre et respecter. 

      Claude pratiquait un syndicalisme ouvert, même à ceux qui ne respectaient pas les valeurs syndicales pourtant cardinales de notre Constitution. Il était prêt à parler même avec ses adversaires les plus résolus. Nous ne l’avons pas entendu une fois se soustraire à une réunion préparatoire d’instance, à la sollicitation d’échange d’un membre externe nommé du Conseil d’Administration au prétexte que nous ne serions pas du même bord. L’occasion d’échanger, de débattre était trop belle. Comme nous ne l’avons jamais vu reculer devant la dénonciation de droits bafoués, devant un amendement à défendre. Calmement, sereinement, même quand la pression sur la parole des élus était à son comble, il reprenait pour expliquer de nouveau l’arrêté, le décret, la jurisprudence, et les raisons profondes pour lesquelles le respect des lois qui régissent nos établissements est si crucial. 

    Claude n’avait pas de « différends ». Il avait simplement une haute idée de l’enseignement supérieur et de ses missions. C’est parce qu’il respectait profondément l’institution qu’il ne voulait pas qu’elle soit l’objet de spéculations, de privilèges, de travers. David de l’ESR, « poil à gratter de l’université », besogneux, déterminé, idéaliste, lanceur d’alerte, Claude s’est attelé à l’immense tâche des textes juridiques pour y traquer les abus, y débusquer les manquements, les torsions, les vides, les indélicatesses afin de les dénoncer et tenter de rétablir le droit. Il était un « Don Quichotte  » du droit, un pur. Bref, un héros.

      On devine aisément qu’une activité syndicale aussi intense demande un engagement total. Claude aurait sûrement pu/dû trouver davantage de relai parmi nous autres (ceux de son camp), sûrement pu/dû se préserver davantage ; déléguer, former. Il nous faut dire qu’il l’a pourtant beaucoup fait. Nous avons partagé ses luttes, il a formé bon nombre d’entre nous (comme d’élues et élus étudiants) et répétait qu’on était bienvenus pour l’accompagner au tribunal administratif. « Tu verras, c’est formateur ! ». Il était, cependant, toujours en première ligne. Il était notre première ligne. Face à sa disparition il est difficile de ne pas nous interroger sur la part de solitude et sur l’exposition extrême de soi qu’impliquait cette première ligne. Il est tellement insupportable de le laisser s’en aller seul…

      Claude était toujours présent pour une réunion, une instance. La seule chose qui pesait plus lourd et le faisait reculer c’était ses cours : « ah non, j’ai un cours trop important, désolé ! » Ou « je dois préparer mon cours ». Sans partager son champ d’expertise ou son département, on sentait la passion du professeur pour son métier. 

      Claude s’inquiétait beaucoup de la santé de ses camarades syndicaux, ne cessait de dire combien les violences encaissées en instance portaient atteinte (forcément) à notre santé, nous rappelait toujours qu’il fallait faire des breaks. Nous nous inquiétions pour lui. L’inquiétude s’est muée vendredi matin en sidération, en tristesse. Et en un désarroi extrême. 

      Nous sommes toutes et tous, élues et élus des syndicats Sud, CGT Ferc Sup, FSU SNESUP-SNASUB de l’ENS de Lyon, orphelins. 

Vous pouvez participer à la cagnotte ouverte en ligne, l’argent récolté sera intégralement donné aux enfants de Claude pour les soutenir dans cette douloureuse épreuve : https://link.infini.fr/pour-claude.

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